Dans ce cheminement, les parents ne sont pas de simples témoins. Ils constituent des repères essentiels. Leur présence, leurs mots et leur regard participent profondément à la manière dont l’enfant se perçoit.
Beaucoup de parents expriment une inquiétude récurrente : la peur que leur enfant manque d’assurance, doute de lui-même ou n’ose pas.
Cette préoccupation est particulièrement forte lorsque l’enfant est confronté à la maladie ou au handicap, car les obstacles sont plus visibles et les
comparaisons plus fréquentes. Pourtant, un enfant n’a pas besoin d’être naturellement audacieux pour devenir confiant. La confiance en soi n’est pas un privilège réservé à quelques-uns ; elle est un chemin singulier, influencé avant tout par la qualité du lien avec les adultes qui entourent l’enfant.
Le sentiment de compétence : « Je peux y arriver »
La psychologue Susan Harter, dont les travaux font référence dans l’étude de l’estime de soi chez l’enfant, montre que la confiance se construit à partir de plusieurs dimensions complémentaires. L’une d’elles est le sentiment de compétence. Albert Bandura parle à ce sujet de « sentiment d’efficacité
personnelle ». Il ne s’agit pas de se croire fort ou sans difficulté, mais de penser que l’on dispose des ressources nécessaires pour essayer. Ce sentiment se développe lorsque l’enfant fait l’expérience qu’il
peut agir, tenter, progresser, même avec de l’aide. À l’inverse, lorsqu’un adulte fait systématiquement à la place de l’enfant pour aller plus vite ou pour éviter l’erreur, l’enfant peut intégrer l’idée qu’il n’est pas capable.
Chez les enfants malades ou en situation de handicap, cette question est centrale : l’aide est souvent indispensable, mais laisser une place à l’initiative, même partielle, est essentiel pour nourrir la confiance.
Le regard de l’adulte : « On croit en moi »
Le regard de l’adulte joue également un rôle fondamental. Les enfants perçoivent très tôt ce que les adultes pensent d’eux, bien au-delà des paroles explicites. Un regard confiant, encourageant, soutenant
devient un appui pour oser. À l’inverse, un regard inquiet, trop anticipateur ou centré sur les limites peut, sans le vouloir, freiner l’élan de l’enfant. Croire en son enfant ne signifie pas nier ses difficultés, mais lui transmettre qu’il est plus que ses fragilités et qu’il peut évoluer.
L’acceptation inconditionnelle : « Je suis aimé même quand je rate »
Un autre pilier essentiel de la confiance en soi est l’acceptation inconditionnelle. Le pédiatre et psychanalyste Donald Winnicott a montré combien la sécurité affective est le socle de toute exploration. Un enfant qui sent qu’il reste aimé lorsqu’il échoue, lorsqu’il se trompe ou lorsqu’il traverse des moments de régression, se sent plus libre d’oser. L’amour inconditionnel se manifeste dans des gestes simples et des paroles du quotidien, lorsque l’adulte transmet que la valeur de l’enfant ne dépend pas de ses réussites.
Ce qui nourrit la confiance en soi au quotidien
Au quotidien, la confiance se nourrit aussi de la possibilité laissée à l’enfant d’essayer, même imparfaitement. Apprendre demande du temps, des détours, des maladresses. Laisser l’enfant faire implique parfois pour le parent d’accepter le désordre, la lenteur ou la frustration de ne pas faire « à sa place ». Pourtant, c’est précisément dans ces moments que l’enfant se construit intérieurement.
Lorsqu’un adulte dit « tu peux essayer, je suis là », l’enfant intègre que l’on a confiance en lui et qu’il peut apprendre.
Valoriser l’effort plutôt que le résultat
La manière dont l’adulte valorise les réussites est également déterminante. Les travaux de Carol Dweck ont montré que féliciter uniquement le résultat peut fragiliser la confiance, car l’enfant peut craindre de décevoir s’il échoue. En revanche, reconnaître l’effort, la persévérance et le chemin parcouru permet à l’enfant de comprendre que ses capacités ne sont pas figées et qu’il peut progresser. Cette vision renforce une confiance plus stable et plus durable.
Offrir un cadre sécurisant
Contrairement à certaines idées reçues, la confiance ne se développe pas dans l’absence de limites. Un cadre clair et cohérent apporte au contraire un sentiment de sécurité intérieure. L’enfant qui sait ce qui est attendu, ce qui est permis et ce qui ne l’est pas, se sent moins perdu et plus en sécurité pour explorer.
Accueillir les émotions sans les minimiser
La reconnaissance des émotions est un autre levier essentiel. Lorsqu’un enfant peut exprimer sa tristesse, sa colère ou sa déception sans être minimisé ou disqualifié, il développe une relation plus saine à lui-même. Dire à un enfant que l’on comprend ce qu’il ressent, même lorsque la situation est
difficile, lui apprend que ses émotions sont légitimes et qu’il peut les traverser avec l’aide d’un adulte présent.
La place donnée à l’erreur est tout aussi importante. L’erreur n’est pas un danger en soi ; ce qui fait peur à l’enfant, c’est souvent le regard qui l’accompagne. Lorsque l’adulte dramatise ou dévalorise, l’enfant peut se sentir incompétent. Lorsque l’adulte normalise l’erreur comme une étape de
l’apprentissage, l’enfant comprend qu’il a le droit de se tromper et de recommencer.
Ce qui reste essentiel, pour tous les enfants
Quels que soient son tempérament, son parcours, sa maladie ou son handicap, un besoin reste universel : être aimé pour ce qu’il est, et non pour ce qu’il fait. Un enfant construit une estime de soi solide lorsqu’il sent que l’on s’intéresse à lui dans sa globalité, qu’il n’a pas besoin d’être parfait pour
être digne d’amour et qu’il garde sa place même dans les moments difficiles. Dire à un enfant qu’on l’aime autant dans les jours faciles que dans les jours compliqués lui offre une base émotionnelle précieuse pour toute la vie.
La confiance en soi ne se transmet pas comme un savoir scolaire. Elle se transmet dans les interactions quotidiennes, souvent discrètes, à travers les regards, les mots et la disponibilité émotionnelle de l’adulte.
Chaque fois qu’un parent montre qu’il fait confiance, qu’il respecte le rythme de son enfant et qu’il reste présent, l’enfant construit en lui une conviction profonde : celle d’avoir de la valeur.
La confiance en soi n’est pas un objectif à atteindre. C’est une relation à soi qui se construit jour après jour grâce à une relation sécurisante avec l’adulte. Et chaque parent, même lorsqu’il doute ou se sent imparfait, participe déjà à cette construction.