Tous les enfants — avec ou sans handicap — ressentent, aiment, s’attachent, se fâchent, ont peur, rient, se réjouissent et se consolent. Ce qui change, parfois, ce n’est pas ce qu’ils ressentent, mais la manière dont ces émotions
s’expriment, se manifestent ou sont comprises par l’entourage.
Ce qui reste pareil : les bases émotionnelles de tout être humain
Avant tout, un enfant est un être de lien.
Dès la naissance, il cherche instinctivement le contact, le regard, la voix de ceux qui prennent soin de lui. C’est le fondement de l’attachement. Le psychologue John Bowlby, fondateur de la théorie de l’attachement, a montré que ce lien est un besoin vital, aussi essentiel que se nourrir ou être protégé. Et ce besoin existe chez tous les enfants, handicap ou non.
Mais l’expression de ce lien peut être différente :
Ces expressions parfois inhabituelles ne signifient jamais que l’enfant ressent moins. Elles montrent simplement qu’il utilise un langage émotionnel différent, qu’il s’agit d’apprendre et
d’apprivoiser ensemble.
Les émotions fondamentales — joie, colère, peur, tristesse, surprise, dégoût — sont présentes chez tous les enfants. Elles servent à communiquer, se protéger, demander de l’aide, explorer le monde. Elles sont les briques de base du développement affectif.
Ce qui change : des chemins émotionnels parfois différents
Le handicap ne supprime pas les émotions, mais peut modifier leur accès, leur compréhension ou leur expression.
Quelques exemples :
Là où certains enfants disent spontanément « je suis en colère », d’autres peuvent :
Dans ces moments, l’adulte devient un interprète émotionnel, qui observe, devine, traduit et met en mots.
Cela demande de la patience, de la disponibilité, parfois un accompagnement professionnel pour mieux comprendre comment l’enfant fonctionne.
Quand les émotions débordent : comprendre la régulation émotionnelle
Beaucoup d’enfants porteurs de handicap vivent des émotions plus intenses, plus brusques, parfois difficiles à apaiser.
Un rien peut déclencher une crise, un repli, un refus, des pleurs.
Aider son enfant à grandir émotionnellement
Accompagner le développement émotionnel d’un enfant avec handicap, c’est lui offrir un espace sûr pour vivre ce qu’il ressent.
Quelques repères concrets :
1. Mettre des mots sur ce que l’on observe
« Tu es en colère parce que tu voulais continuer à jouer ».
Même si l’enfant ne répond pas, il apprend la correspondance entre sensation et mot.
2. Donner un cadre rassurant
Rituels, repères visuels, prévisibilité…
Un environnement stable rend les émotions fortes plus supportables.
3. Laisser exister les émotions « désagréables »
La colère, la frustration, la peur font partie de la vie. Chercher à éteindre trop vite empêche parfois l’apprentissage.
4. Soutenir sans étouffer
Être là, disponible, mais laisser aussi l’enfant faire ses expériences.
5. Se faire accompagner
Psychologues, psychopraticiens, éducateurs spécialisés, orthophonistes, psychomotriciens… Tous peuvent aider les parents à mieux comprendre le langage émotionnel de leur enfant.
Grandir émotionnellement, malgré et avec la différence
Le développement émotionnel n’est pas un chemin linéaire. Il est façonné par :
Chez les enfants en situation de handicap, le rythme peut être différent, mais le cheminement reste le même : reconnaître, exprimer, partager ses émotions.
Les recherches (notamment celles de Denham et co.) montrent que les enfants bénéficiant d’un soutien émotionnel précoce et bienveillant développent de meilleures compétences socio-émotionnelles, même en présence d’un trouble neurodéveloppemental.
Le pédopsychiatre Daniel Stern rappelait que le développement affectif se joue dans les « micro-moments de rencontre » : un regard qui se croise, un sourire partagé, un petit geste tendre, un rire commun.
Ces instants, aussi discrets soient-ils, construisent la sécurité intérieure de l’enfant.
Chaque émotion partagée devient une brique de confiance, et cette confiance est le moteur de tout
développement, quel que soit le handicap.
Le handicap ne retire pas les émotions :
Il transforme simplement la manière de les vivre et de les exprimer.
Chaque enfant possède une vie émotionnelle riche, profonde, singulière. Et les parents apprennent, jour après jour, à écouter autrement, à décoder ce que d’autres ne voient pas, à entrer dans un langage particulier.
Dans cette attention naît souvent une relation d’une grande intensité : patiente, subtile, authentique. Un jour, un parent a dit : « J’ai fini par comprendre comment il me parle sans mots. »
Dans cette phrase, il y a tout : la découverte, la fierté, la tendresse, la rencontre.
Car le développement émotionnel, qu’il se déroule dans la norme ou dans la différence, est avant
tout une histoire d’amour.