Menu icoMenu232Dark icoCross32Dark
NOTRE BLOG

Retour
Pourquoi aider la recherche?

ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER

Abonnez-vous à notre newsletter
icoCross16Dark

Pourquoi aider la recherche?

Interview d'Eddy PASQUIER chercheur au CNRS

Bonjour à tous,

Le 04 Décembre dernier nous sommes allés à la rencontre d’Eddy et de son équipe pour remettre un chèque afin d’aider la recherche contre le cancer pédiatrique.

Il était important pour nous que vous découvriez un peu plus ces recherches et les Hommes qui y consacrent toute leur énergie.

-Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Eddy Pasquier, je suis chercheur CNRS au sein du Centre de Recherche en Cancérologie de Marseille. J’ai 37 ans, je suis marié et papa de 2 petits garçons (3 ans et 2 mois).

- Quel est ton parcours scolaire et professionnel ?

J’ai fait un parcours scolaire et professionnel assez « classique » (pour un chercheur, ndlr).

Après un bac scientifique, j’ai intégré une classe préparatoire aux grandes écoles au lycée Thiers, à Marseille. Après deux ans de BioSup – BioSpé, je me suis rendu compte que je ne voulais pas devenir ingénieur agronome et j’ai donc rejoint la Faculté des Sciences de Luminy ou j’ai obtenu une Licence et une Maitrise de Biochimie.

Après ça, j’ai fait un DEA (ancien nom du Master 2) en Cancérologie et c’est là que j’ai contracté le virus de la recherche. J’ai continué dans le même laboratoire avec une thèse en Oncologie que j’ai défendue en Octobre 2006.

Le mois suivant je partais en Australie pour un stage post-doctoral. A la base, je partais pour 1 année ou 2 mais au final, dès la première année, j’ai obtenu des financements qui m’ont permis d’établir ma propre équipe de recherche et je suis resté presque 8 ans au Children’s Cancer Institute Australia de Sydney.

En 2014, j’ai eu la chance d’obtenir une bourse Marie Curie de l’Union Européenne, qui m’a permis de revenir m’installer en France, à Marseille.

Et en 2016, j’ai été reçu au concours CNRS en tant que chercheur et j’ai alors intégré mon laboratoire actuel.

- Comment en es-tu arrivé à ces recherches ?

J’ai pris beaucoup de plaisir pendant ma thèse mais je trouvais mon sujet de recherche trop fondamental, trop éloigné de la clinique. J’ai donc fait en sorte au fur et à mesure de ma carrière, de me rapprocher de plus en plus de la clinique. C’est à force de concertation avec les oncologues pédiatres, et notamment le Prof Nicolas André de l’hôpital la Timone a Marseille, que j’ai pu développer des projets de recherche ayant le potentiel d’impacter rapidement la prise en charge des patients atteints de cancer.

- Peux-tu nous expliquer en quoi elles consistent?

Mon domaine de recherche est assez simple à comprendre : je suis spécialisé dans le repositionnement de médicaments, qui consiste à tester, dans de nouvelles indications, des molécules déjà approuvées par les autorités sanitaires ou en cours de développement clinique. Concrètement, cela veut dire que je teste des médicaments qui ont été développés pour des pathologies comme le diabète, l’hypertension artérielle ou la dépression pour voir si certains d’entre eux pourraient apporter un bénéfice aux patients atteints de cancer, et notamment les enfants. Cela permet de proposer de nouvelles stratégies thérapeutiques pour ces patients tout en améliorant notre compréhension des cancers pédiatriques.

- Quels sont les résultats à l’heure actuelle ?

Ma première découverte majeure date de 2011 ou j’ai démontré que les béta-bloquants, des médicaments utilisés couramment dans le traitement de l’hypertension artérielle, étaient capables d’augmenter l’efficacité de certains agents de chimiothérapie.

Concrètement, cela veut dire que ces médicaments non-toxiques permettent d’utiliser des doses plus faibles de chimiothérapie (donc de diminuer potentiellement les effets toxiques) tout en augmentant l’efficacité du traitement. J’ai fait la démonstration de cet effet dans plusieurs modèles de cancers difficiles a traiter, comme les cancers du sein de l’adulte, une tumeur pédiatrique (leneuroblastome), ainsi qu’un cancer rare affectant aussi bien les jeunes que les personnes plus âgées (l’angiosarcome). Ce travail en laboratoire a conduit à la mise en oeuvre de plusieurs essais cliniques à travers le monde.

Fort de cette expérience positive, j’ai développé des projets plus ambitieux qui reposent sur l’utilisation d’outils robotiques afin de tester simultanément des milliers de molécules différentes, et ainsi d’augmenter nos chances d’identifier des médicaments d’intérêt. C’est cette approche dite de « criblage haut-débit » qui m’a permis d’obtenir ma bourse Marie Curie puis d’être recruté au CNRS.

- Qui fait partie de ton équipe ?

Je fais partie d’une équipe qui compte une vingtaine de personnes dont 8 chercheurs statutaires et 5 étudiants en thèse. Mais à l’heure actuelle, nous ne sommes que deux (mon étudiant en thèse, Jeremy Ariey-Bonnet, et moi-même) à travailler sur le repositionnement de médicaments au sein de cette équipe.

- Quels sont ses besoins ?

Comme toujours nous avons besoin de moyens humains et financiers. C’est le nerf de la guerre de la recherche. Les moyens humains permettent de réaliser les expériences en laboratoire et les moyens financiers d’acheter les réactifs nécessaires pour ces expériences, de payer les salaires des personnels non-statutaires, d’acheter des équipements plus performants…

- Dans ton utopie quels progrès voudrais-tu voir arriver en France ?

Je ne sais pas si on peut appeler cela une utopie mais je souhaite plus de coopération entre les différents acteurs de la recherche en oncologie pédiatrique en France, que ce soit les équipes de recherche fondamentale, les cliniciens, les acteurs du monde associatif… Il y a une très forte concertation au niveau clinique, qui s’exprime notamment par la mise en place de nombreux essais cliniques multicentriques ou par le biais des comités de concertation pluridisciplinaires ou les cas les plus difficiles sont discutés systématiquement entre experts de différents centres afin de définir un traitement optimal. Par contre, cette coopération est beaucoup moins présente au niveau inférieur, c’est à dire au stade de la recherche fondamentale et translationnelle (du laboratoire vers la clinique). C’est pour cette raison que nous avons décidé de créer l’année dernière le réseau « REACT-4-KIDS » qui regroupe l’ensemble des forces vives travaillant sur les cancers de l’enfant sur le territoire afin de permettre un partage des outils et des connaissances. Donc l’utopie que je partage avec beaucoup de chercheurs de mon domaine est en passe d’être réalisée : ensemble on va plus loin !

- Veux-tu nous parler d’autres projets ou d’autres équipes de recherches que tu suis en ce moment ?

A côté de l’Institut Curie et de l’Institut Gustave Roussy, qui sont clairement les deux fers de lance de la recherche en oncologie pédiatrique en France, il y a plusieurs équipes qui commencent à émerger en « province ». Je suis de très près notamment les travaux de l’équipe de Christophe Grosset à Bordeaux et ceux de l’équipe de Marie Castets à Lyon, avec qui je collabore depuis peu.

- Afin de mieux comprendre l’importance du financement de la recherche médicale peux tu nous donner quelques montants clefs?

Un chiffre simple pour comprendre toute la problématique de la recherche publique a l’heure actuelle (que ce soit en France ou ailleurs) est le suivant :chaque personne travaillant dans le laboratoire coûte entre 20 et 25 000 euros par an, uniquement en réactifs de laboratoire (ce qu’on appelle les frais de fonctionnement).

Or que l’on soit chercheur au CNRS, a l’INSERM, au CEA ou dans une Université, nos organismes de tutelle versent en général environ 5 000 euros par an et par chercheur statutaire pour ces frais de fonctionnement. Cela ne permet bien évidemment pas de couvrir les salaires des personnels non-statutaires, les frais d’équipement (certains appareils de recherche coûtent entre 100 000 et plusieurs millions d’euros), les prestations de service pour réaliser des analyses pour lesquelles on ne dispose pas du matériel et/ou de l’expertise nécessaire dans le laboratoire …

storage?id=547519&type=picture&secret=ZlGcsizdE7AfgM4ISF0fWCkmpmi1rd0tseqQczLN&timestamp=1551711970

Une grande partie de mon travail consiste donc à trouver les 50-60 000 euros par an nécessaires au fonctionnement de mon équipe de 2 personnes. Si je veux pouvoir augmenter la taille de mon équipe a 3 personnes, il me faut 100 000 euros de budget par an, et ainsi de suite…

Mon objectif est d’avoir une équipe de 5 a 6 personnes d’ici 2-3 ans. Il va donc falloir que je trouve pas mal d’argent pour atteindre cet objectif.

- Penses tu que la science avance suffisamment dans ton domaine ou que ça piétine un peu ?

Non je ne pense pas que l’on puisse dire que la recherche piétine car nous sommes des centaines de chercheurs dans le monde entier à travailler d’arrache-pied pour améliorer les traitements des cancers pédiatriques.

Par contre, je pense qu’il y a 2 facteurs importants dont la plupart des gens n’ont pas conscience : la première c’est que la recherche prend beaucoup de temps. On estime par exemple qu’il faut compter entre 12 et 15 ans entre la découverte d’une nouvelle cible thérapeutique et l’arrivée sur le marché d’un nouveau médicament dirigé contre cette cible. Et les études récentes montrent que ce développement coûte entre 500 millions et 2 milliards d’euros pour un seul nouveau médicament ! A titre de comparaison, notre travail sur les béta-bloquants a permis d’arriver jusqu’en clinique en 5 ans et pour un coût inférieur a 1 million d’euros. Je pense que cela illustre bien les nombreux avantages du repositionnement de médicaments en terme de gain de temps et de réduction des coûts.

Le deuxième point c’est que la recherche n’évolue pas de manière linéaire mais par paliers. Il est vrai que les taux de guérison des cancers de l’enfant stagnent depuis quelques années, ce qui peut donner l’impression que la recherche « piétine ». Mais ces taux de guérison pourraient tout aussi bien augmenter de manière significative en l’espace de quelques mois à la faveur d’une découverte majeure. Par exemple, un mélanome métastatique était considéré comme incurable pendant plusieurs décennies. Jusqu'à l’apparition des immunothérapies (dont le développement a pris plus de 30 ans) qui permettent de sauver désormais plus de 30% des patients diagnostiqués avec un mélanome métastatique.

Par ailleurs, il est également important de comprendre que les intérêts financiers sont des moteurs importants pour le développement de nouveaux traitements contre le cancer. Il y a ainsi beaucoup plus de moyens déployés pour développer une nouvelle molécule dans des cancers « majeurs » comme les cancers du poumon, de la prostate ou du sein, que pour re-développer pour un cancer « rare » une molécule dont le brevet d’exploitation commerciale a déjà expiré (comme cela peut-être le cas pour mon domaine de recherche en particulier). Et c’est justement parce qu’il y a peu de perspectives de profits financiers dans le domaine des cancers pédiatriques que l’État doit se substituer aux entreprises pharmaceutiques et de biotechnologie afin de combler le manque d’investissements privés dans ce secteur de la recherche.

A titre d’exemple, le gouvernement australien vient d’annoncer une augmentation du budget de 38,6 millions de dollars australiens (environ 24 millions d’euros) rien que pour la recherche sur les tumeurs cérébrales de l’enfant. Dans le même temps, nous avons obtenus en France, après des mois de discussion avec le gouvernement et les députés, une augmentation du budget de la recherche pour l’ensemble des cancers pédiatriques de 5 millions d’euros par an. Pour rappel, l’Australie ne compte que 22 millions d’habitants (donc 3 fois moins qu’en France) et pratique un taux d’imposition largement inférieur au notre.

- Sais tu pourquoi on entend peu parler des travaux de recherches ?

Vaste question. Je pense que c’est un problème sociétal impliquant de multiples facteurs et il me paraît très difficile de donner une réponse simple et pertinente a cette question.

Malheureusement, nous vivons aujourd’hui dans une société ou beaucoup de gens attachent plus d’importance à la marque de cosmétique portée par Kim Kardashian qu’aux dernières avancées en matière de médecine ou d’astrophysique. Je ne suis pas spécialiste de la question mais il me semble que cela a un rapport avec notre système éducatif basé quasiment entièrement sur la compétition. Je le vois au quotidien avec mes enfants. Nous naissons tous avec une soif de connaissance, une envie de comprendre le monde qui nous entoure. Et au fur et à mesure que nous grandissons, beaucoup de gens perdent cette soif de savoir. Je pense qu’il faut que l’école,comme les parents, stimulent et protègent la curiosité des enfants afin que l’envie d’apprendre de nouvelles choses perdurent au fil de la vie.

- Le chèque que nous t’avons remis en collaboration avec l’association Éva pour la vie à quoi va t’il te servir ?

Comme je l’ai expliqué précédemment cet argent va nous permettre d’acheter les réactifs nécessaires a la réalisation de nos expériences. En gros, la somme versée, va permettre de couvrir 6 mois de dépenses pour le projet de thèse de Jeremy, qui porte sur le repositionnement de médicaments dans les tumeurs cérébrales. Cet argent va notamment nous servir a caractériser le mécanisme d’action d’un médicament déjà disponible et dont nous avons démontré l’efficacité dans plusieurs modèles de tumeurs du cerveau.

Vous en savez maintenant un peu plus sur la recherche médicale.

Merci à Eddy et Jérémy d’avoir pris le temps de nous expliquer et nous faire visiter leur locaux lors de la remise du chèque et d’avoir répondu à nos questions pour cette interview.

Découvrez davantage d'articles sur ces thèmes :
#enfantsmalades #handicap #cheque #sourire #subvention #soutien #don #aide #marseille lea #grandirsanscancer recherchemedicale donalarecherche chercheurs #evapourlavie @eddpasquier @AB_Jeremy #inserm #cnrs
0 commentaire(s)
Aucun commentaire pour le moment.
Consultez également
Un concert caritatif au Muy

Un concert caritatif au Muy

Fanny Giraud et ses élèves ont présenté devant le public Muyois un jolie spectacle remplis...

10 juin 2018
Ça fait Show au Choeur !

Ça fait Show au Choeur !

Des artistes talentueux et généreux, une salle magnifique, un public de folie, des bénévoles...

10 juin 2018
Les Jeudis de Lenval (Nice)

Les Jeudis de Lenval (Nice)

Chaque jeudi, nos bénévoles se rendent au chevet des petits malades dans le service des urgences...

26 juin 2018
Nos samedis à Toys'R us Nice Lingostière

Nos samedis à Toys'R us Nice Lingostière

Retrouvez nos bénévoles un samedi par mois dans votre magasin Toys'R us de Nice...

28 juin 2018
Les boucles du coeur du "Ch'nord" - un rayon de soleil !

Les boucles du coeur du "Ch'nord" - un rayon de soleil !

Durant plus d'un mois, les bénévoles du Nord se sont relayés pour collecter des fonds dans le...

17 juin 2018
L'union fait la force

L'union fait la force

On dit souvent que l'union fait la force et bien c'est vrai ! Voici trois mamans hors du commun...

7 juin 2018
Fermer En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et notre Politique de Confidentialité. En savoir plus